PARIS’CLICK

Après un chronique dans nos pages, Ophélia et Jérémy ont répondu à nos questions

 

1 / Peux tu nous présenter le groupe et ses membres ?

Ophélia est la harpiste et parolière du groupe, avec qui j’ai fondé le projet en 2011. Nous avons été rejoint très vite par Kévin à la batterie, lors d’un concert au Gibus Club à Paris. Il nous a donné une
base rythmique solide sur laquelle étayer nos compositions. Kired, lui, qui était un ami de longue date d’Ophélia, nous a rejoint à l’enregistrement de l’album [RESET] en 2013.

 

2 / Quelles sont vos influences respectives ?

Elles sont très variées. Evidemment, il y a une influence non négligeable de la musique classique. Ophélia est une harpiste formée par le conservatoire supérieur de Paris, qui se destinait à une carrière internationale de soliste avant notre rencontre. Pour ma part, j’ai commencé à 5 ans le violoncelle et participé à des tournées internationales en orchestres de jeunes musiciens dès l’âge de 12 ans. Bien qu’ayant « quitté » la musique classique que je trouvais trop étriquée au profit du rock à l’adolescence, avec la découverte de la basse, et pour jouer les groupes que j’aimais, j’ai indéniablement une patte classique dans mes compos, qui n’est pas réfléchie, mais acquise par ces expériences. De la même manière qu’Ophélia, qui est aussi comédienne, incorpore une dimension théâtrale à ses textes.
Kévin et Kired ont eux aussi des univers bien particuliers, teintés de jazz et de funk. Paris’Click est ainsi l’un des seuls groupes ou Kired peut montrer son talent de guitariste soliste électrique, alors qu’il pratique plutôt dans des formations afro/jazz/soul  habituellement.

 

3 / Vous avez organisé cet album comme une véritable histoire. Sans trop entrer dans les détails, peux tu nous dévoiler le scénario ?

C’est simple. Comme tu l’as remarqué, un certain nombre de choses nous déplaisent dans le monde dans lequel nous vivons, à commencer – en ce qui nous concerne ici – par le nivellement de la culture vers le bas, au profit d’une culture de divertissement de masse qui nuit à la réflexion et à l’éducation des citoyens. Alors le message est clair : réveillons-nous, réveillez-vous ! Music is not dead, comme prône l’un des textes d’Ophélia, imprimé sur l’édition vinyle. Notre moyen d’agir est l’art, et comme le disait Fela Kuti, « Music is a weapon ».
Assassine Logique est né du constat amer d’une désinformation croissante de certains de nos amis, enclins à gober tout et n’importe quoi sur internet. Il fallait agir. Ainsi la première partie de l’album est assez énervée et porte cette rage de changement, voire d’impuissance. Mais il fallait aussi apporter des réponses positives, qui se situent dans la seconde partie de l’album, avec pour La Paix, par exemple, qui est une ôde à l’humanité. Nous avons conscience que notre travail peut paraître difficile d’accès au premier abord, bien que se voulant simple. Nous souhaitons utiliser la musique comme média de réflexion, de participation, voire d’action. Les textes d’Ophélia portent volontairement plusieurs niveaux de compréhension, et chacun peut ainsi voir résonner les thématiques en fonction de son vécu.
Pour résumer, le scénario de cet album concept est celui d’un monde pas si lointain du nôtre où nous avons volontairement grossi ses défauts. En agissant comme cela, nous avons parfois à notre grand regret des morceaux « prophétiques » : Mouton panique (premier album) a été joué au théâtre du Rond-Point le lendemain de la catastrophe nucléaire de Fukushima, avec comme refrain « Atomique bombe, plus de canapé, faut te réveiller… Atomique bombe, va exploser, méchoui cramé ». Et le mur anti-migrant du (faux) JT introduisant le disque avait été écrit bien avant la décision de Trump vis-à-vis du Mexique ! Quant à notre morceau « Insoumis », c’était notre réponse contestataire avant l’existence du mouvement, et le refrain « Marche ou crève » nous a paru étonnement clairvoyant lors du second tour de la présidentielle. Ophélia a-t-elle des dons de voyance ? (rires)

 

 

4 / Paris’Click n’hésite pas à intervenir dans un format alambiqué, dans un panel sonore élargi. Quelles sont vos limites ou expérimentations possibles dans la construction musicale ?

 

Il n’y en a pas. Ou si peu… Tout est possible selon nos capacités et nos désirs. On ne cherche pas à être dans un moule formaté, et on ne cherche pas non plus la « bizzarerie » à tout prix. Seulement transmettre une évidence et notre manière de faire et de voir le monde. A ce titre, nous avons une comédie musicale dans nos cartons, dans un format rock punk SF, écrite par un auteur Marseillais, Thierry François, avec qui nous avons hâte de monter le projet sur notre musique. Mais pourquoi pas un jour s’intéresser au court / moyen métrage (nous produisons nos propres clips) ?
Quand à la musique proprement dite, nous avons hâte de nous mettre au prochain album, car Ophélia dispose maintenant d’une harpe électrique customisée depuis notre concert au congrès mondial de la harpe à Hong Kong à l’été 2017. Cela nous offre de nouvelles possibilités, avec notamment son utilisation comme une « seconde guitare », reliée à un pedalboard de gratteux.

 

5 / Les titres de cet opus sont ils en mesure d’être explorés séparément sur scène ?

Bien sûr. C’est ce que nous avons fait cette année lors de nos concerts, en les mêlant avec certains de nos titres plus anciens. Nous avons aujourd’hui un très beau set d’1h30, où la richesse des différents univers permet de tisser un véritable lien avec notre public.

 

 

6 / Peux tu nous parler de son enregistrement ? Avec qui avez vous travaillé dans le domaine du mixage et de la production ?

Depuis nos débuts, nous avons pris l’habitude de produire seuls nos albums. Cela a ses inconvénients, mais aussi de nombreux avantages. Par exemple, j’ai mon propre studio d’enregistrement, que j’utilise pour divers projets de composition, et qui commence à être très bien doté en terme de matériel et micros (Studio Lecoq). C’est notre « base » de travail, pour poser les maquettes, et enregistrer les éléments complémentaires (prises de sons individuelles voix, instruments). C’était un choix personnel, d’apprendre sur le tas, et d’éditer nous-mêmes nos pistes.
Sur cet opus, nous avons eu la chance d’enregistrer une partie de l’album dans l’auditorium du prestigieux Studio Davout, avant sa fermeture. La harpe a été prise dans une pièce dédiée aux orchestres symphoniques ; c’est pour cette raison qu’elle sonne si bien. Et nous avons enregistré la base de nos morceaux « live », à l’ancienne : basse, guitare, harpe, batterie avant de réaliser les arrangements complémentaires dans mon studio. Steve Prestage (Peter Gabriel, Gary Moore, Japan, Echo and the Bunnymen, XTC, Gerald De Palmas, Johnny Hallyday, Pow Wow, Paul Personne…), notre réalisateur depuis l’album [RESET], présent lors des prises, a ensuite réalisé le mixage et le mastering.

 

 

7 / La pochette en adéquation avec la musique abordée, qui en est l'auteur ? Peux tu nous en dire plus au niveau de son interprétation visuelle ?

Boris Séméniako est graphiste freelance, et travaille dans le domaine de l’édition et de la presse. Tu peux le retrouver régulièrement dans les pages du Monde diplomatique notamment. Il a un talent fou, et une patte personnelle immédiatement reconnaissable, entre le dessin et le collage. C’est pour cette raison que nous l’avons sollicité pour cette pochette. Cet homme à l’aspirateur peut représenter différentes choses, mais pour simplifier, disons que c’est une personne de pouvoir. Laquelle ? Chacun peut y voir ce qu’il veut : son patron, le capitalisme financier globalisé (c’est trendy), l’incarnation du système (lequel ?). Les personnages disposés en premier plan se font aspirer. Ici, si on s’attarde sur le détail, chacun agit de manière différente : certains acceptent leur sort, d’autres s’enfuient, d’autres continuent tranquillement leur chemin, et d’autres enfin sont loin des autres, comme étrangers à cette vie urbaine parfois si artificielle. D’autres enfin sont tellement habitués à prier le Cheval de Troie numérique qu’ils en oublient leur fin proche. Le clin d’œil, c’est notre entrée par les coulisses…
Le sens de tout ça, c’est qu’aujourd’hui, nous avons beau avoir la technologie la plus extraordinaire jamais produite, nous sommes prisonniers de notre vanité, de notre individualisme, de nos peurs, de nos doutes. Et sujets à la croyance, au préjugé, à la peur de l’autre. Comment faire marche arrière et empêcher l’« aspirateur » de siphonner nos existences ?

 

 

8 / Quels sont vos projets scéniques à venir ?

Nous avons une date prévue à l’amphithéâtre Atria de Belfort le 20 octobre prochain dans le cadre du festival organisé par les harpes Camac (entrée libre sur réservation ici : https://www.camac-harps.com/fr/agenda/?sd=2018-10-19), et nous sommes en instance de booking sur différentes scènes.

 

9 / Vous avez édité d’autres morceaux, sera-t-il aisé de les associer avec cet album sur scène ?

Bien sûr, en live nous nous débarrassons des fioritures pour dégager l’énergie rock de nos albums. D’une performance avec la grande harpe de concert et le violoncelle, qui était très difficile à sonoriser dans de petites salles, nous avons extrait une substance rock, avec la harpe électrique, privilégiant la basse au violoncelle (je ne peux pas les jouer en même temps). Il faut venir nous voir

 

10 / Vos compositions sont complexes, cela nécessite-t-il d’avoir recours à des bandes son pour vous épauler ?

On utilise parfois des séquences lancées au pad par Kévin, mais nous avons allégé notre dernier set pour ne même plus avoir besoin de cet artifice.

 

11 / Par quel morceau doit-on découvrir Paris’Click ?

Little Swan, sans hésitation.

Merci